« Colombes Olympique » : différence entre les versions
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Présentation[modifier | modifier le wikicode]
Colombes occupe une place unique dans l'histoire olympique : c'est la seule ville de France à avoir accueilli des épreuves des Jeux olympiques d'été à deux reprises, à un siècle d'intervalle presque exact — en 1924, puis en 2024. Le stade de Colombes, devenu en 1928 le stade Yves-du-Manoir, fut le principal site des Jeux de la VIIIe Olympiade en 1924 ; rénové un siècle plus tard, il a accueilli en 2024 le tournoi olympique de hockey sur gazon, tandis que plusieurs autres équipements colombiens (piscine municipale, salle de boxe, club de tennis) participaient à leur tour à l'aventure olympique. Cette page retrace ce double rendez-vous de Colombes avec les Jeux, à cent ans d'écart.
1924 : Colombes, cœur battant des Jeux de la VIIIe Olympiade[modifier | modifier le wikicode]
Le choix de Colombes[modifier | modifier le wikicode]
Paris obtient l'organisation des Jeux olympiques d'été en 1921, lors d'une session du Comité international olympique à Lausanne, face à des candidatures concurrentes (Barcelone, Prague, Rome)[1]. Le choix du site principal se porte finalement sur Colombes plutôt que sur Paris intra-muros : le Racing Club de France, installé sur le terrain depuis 1920, pèse dans cette décision, malgré des alternatives (Parc des Princes, bois de Vincennes) plus proches de la capitale[2].
Un stade agrandi pour l'occasion[modifier | modifier le wikicode]
Le stade, alors propriété du Racing, est agrandi pour porter sa capacité à environ 60 000 places (20 000 assises, 40 000 debout), sous la houlette de l'architecte Louis Faure-Dujarric. Il est équipé de vestiaires pouvant recevoir jusqu'à 1 200 athlètes, de l'eau chaude et de l'électricité — un confort rare pour l'époque[2].
C'est à Colombes que se déroule la cérémonie d'ouverture, le 5 juillet 1924, devant 40 000 spectateurs, ainsi que la cérémonie de clôture, la totalité des épreuves d'athlétisme, les compétitions de rugby et de gymnastique, la partie cross du pentathlon moderne, des épreuves équestres, et la finale du tournoi de football (l'Uruguay bat la Suisse 3-0)[2]. Escrime et tennis se disputent sur des installations voisines.
Le premier village olympique[modifier | modifier le wikicode]
Autre première mondiale organisée à Colombes : le village olympique, ancêtre de tous ceux qui suivront. Installé à proximité immédiate du stade sur une parcelle d'environ 150 mètres sur 60, il rassemble 66 baraquements en bois de la société « Holland », chacun équipé de trois lits, avec eau courante, douches et réfectoires, ainsi qu'un kiosque à journaux, une blanchisserie, un bureau de poste, un bureau de change et un coiffeur[3].
La gare du Stade, ouverte pour l'occasion[modifier | modifier le wikicode]
Pour absorber l'afflux de spectateurs, le comité d'organisation demande dès 1923 la création d'une gare nouvelle sur la ligne de Paris-Saint-Lazare à Ermont–Eaubonne, estimant l'affluence quotidienne à environ 60 000 spectateurs, dont un tiers pourrait emprunter le train. La gare du Stade ouvre le 5 mai 1924, à l'occasion du tournoi olympique de rugby, avec deux quais de 215 mètres et un système de block automatique lumineux, une première sur le réseau[4]. Toujours en service aujourd'hui sur la ligne J du Transilien, avec environ 3,2 millions de voyageurs annuels, elle demeure l'un des rares vestiges concrets et toujours actifs des Jeux de 1924[4].
Des Jeux à records[modifier | modifier le wikicode]
| Nations | Athlètes | dont femmes | Sports | Épreuves | Dates |
|---|---|---|---|---|---|
| 44 | 3 089 | 135 | 17 | 126 | 5 – 27 juillet 1924 |
Plusieurs athlètes marquent durablement les Jeux de Colombes : le Finlandais Paavo Nurmi y remporte cinq médailles d'or, dont le 1 500 m et le 5 000 m courus à deux heures d'intervalle le 10 juillet ; son compatriote Ville Ritola en obtient quatre ; l'Américain Johnny Weissmuller, dix-neuf ans, décroche trois titres en natation — dont le 100 m nage libre, où il devance le champion olympique de 1912 Duke Kahanamoku — et un bronze en water-polo, avant de devenir quelques années plus tard l'acteur du rôle de Tarzan au cinéma ; l'escrimeur français Roger Ducret rafle cinq médailles dans les trois armes ; l'Écossais Eric Liddell, qui renonce à courir le 100 m un dimanche pour des raisons religieuses, s'impose finalement sur 400 m — une histoire portée à l'écran en 1981 dans Les Chariots de feu[5].
Ces Jeux sont aussi ceux de plusieurs premières : devise olympique, cérémonie de clôture avec trois drapeaux hissés (celui du CIO, celui du pays organisateur et celui du prochain pays hôte), apparition du fleuret féminin individuel (remporté par la Danoise Ellen Osiier), et dernière participation du rugby au programme olympique avant son retour... en 2016[1]. À l'issue des Jeux, Pierre de Coubertin se retire de la présidence du CIO, estimant : « J'ai fait mon œuvre »[1].
Colombes, capitale du sport français pendant un demi-siècle[modifier | modifier le wikicode]
Après 1924, le stade — rebaptisé en 1928 en hommage au rugbyman Yves du Manoir, disparu dans un accident d'aviation — reste pendant près d'un demi-siècle le principal stade français : finale de la Coupe du monde de football 1938 (Italie bat Hongrie 4-2), matchs de l'équipe de France de football de 1924 à 1972, grandes affiches du rugby et du football jusqu'à la construction du nouveau Parc des Princes en 1972, qui lui ravit son statut[2]. Le détail de cette histoire et de ses développements ultérieurs (projet avorté de centre national de handball, arrivée puis départ du Racing Métro 92, renaissance pour 2024) est disponible sur la page Stade Yves-du-Manoir.
De 1921 à 2024 : quand Paris candidate à nouveau[modifier | modifier le wikicode]
Lorsque Paris se porte candidate pour les Jeux de 2024, la maire de Colombes de l'époque, Nicole Goueta, demande dès 2015 au conseil municipal de soutenir la candidature parisienne, en exprimant le souhait que Colombes obtienne à cette occasion une épreuve olympique, symbole fort à l'approche du centenaire des Jeux de 1924[6]. Paris obtient l'organisation des Jeux de la XXXIIIe Olympiade en septembre 2017, et Colombes rejoint peu après la communauté « Terre de Jeux 2024 », le label national destiné aux collectivités qui s'engagent dans la dynamique olympique et paralympique[7].
2024 : un siècle plus tard, Colombes olympique une seconde fois[modifier | modifier le wikicode]
La renaissance du stade Yves-du-Manoir[modifier | modifier le wikicode]
Entre 2021 et le début de l'année 2024, le Département des Hauts-de-Seine conduit un chantier de rénovation complète du stade (maîtrise d'œuvre : Celnikier et Grabli Architectes, Olgga Architectes et Atelier Dutrevis Architectes Associés ; construction : Léon Grosse), pour un budget supérieur à 100 millions d'euros[2]. La tribune historique de 6 000 places est restaurée, deux terrains de hockey sur gazon de niveau international sont créés, ainsi qu'un troisième terrain d'entraînement, aux côtés de nouveaux bâtiments accueillant le siège et le centre national d'entraînement de la Fédération française de hockey, des vestiaires, des bureaux et sept nouveaux terrains de football et de rugby ; la mythique piste d'athlétisme, elle, disparaît du site[2]. Le stade rénové est officiellement inauguré le 19 mars 2024 ; une cérémonie d'hommage à Eric Liddell, champion olympique de 1924, s'y tient le 22 mars, en présence notamment de Tony Estanguet, président du comité d'organisation de Paris 2024[5].
Le tournoi olympique de hockey sur gazon[modifier | modifier le wikicode]
Du 27 juillet au 9 août 2024, le stade Yves-du-Manoir accueille l'intégralité du tournoi olympique de hockey sur gazon : 384 athlètes, douze équipes masculines et douze équipes féminines (dont les deux équipes de France), face à des nations telles que l'Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, l'Espagne, la Grande-Bretagne, l'Inde, le Japon, la Chine, l'Australie, l'Argentine, les États-Unis ou l'Afrique du Sud[8]. Soixante-seize matchs sont disputés, à raison de huit par jour, pour une fréquentation cumulée estimée entre 19 000 et 27 000 spectateurs quotidiens, soit environ 300 000 sur les deux semaines[8]. Les Pays-Bas remportent l'or dans les deux tournois, devant l'Allemagne et l'Inde chez les hommes, la Chine et l'Argentine chez les femmes[9].
Colombes, ville d'entraînement olympique[modifier | modifier le wikicode]
Au-delà du stade, plusieurs équipements colombiens participent à l'aventure olympique :
- la piscine olympique municipale, inaugurée en 1969 — elle avait déjà accueilli les championnats de France de plongeon au tremplin de 3 mètres en 1974 et 1977, et servi de décor au film Croque la vie de Jean-Claude Tachella — engagée depuis le 9 mai 2022 dans une modernisation complète, devient centre d'entraînement officiel de natation artistique du 27 juillet au 8 août 2024 ;
- la salle de boxe l'Esquive est labellisée centre de préparation pour la boxe anglaise ;
- le Colombes Tennis Club, au parc Pierre-Lagravère, est labellisé centre de préparation pour le tennis et le para-tennis[8].
La flamme et la fête[modifier | modifier le wikicode]
Le 24 juillet 2024, la flamme olympique traverse les Hauts-de-Seine et fait étape au stade Yves-du-Manoir en fin d'après-midi, entre son passage à Gennevilliers et son arrivée à Colombes vers 17h40[10]. Pendant les Jeux, les Colombiens se retrouvent notamment au parc Caillebotte pour suivre les épreuves sur écran géant, une journée thématique « Sports USA » étant organisée le 31 juillet. Le détail du programme d'équipements hérité des Jeux (piscine, futurs gymnases) figure sur la page JO 2024.
Et après ?[modifier | modifier le wikicode]
Depuis les Jeux, le stade Yves-du-Manoir est devenu le siège et le centre national d'entraînement de la Fédération française de hockey. Un retour du Racing 92 est également annoncé à Colombes à partir de 2027, dans une enceinte de rugby rénovée de 14 000 places, le permis de construire ayant été signé par la mairie de Colombes en février 2025[2].
Deux olympiades, cent ans d'écart : ce qui relie 1924 et 2024[modifier | modifier le wikicode]
Le stade de Colombes est, à ce jour, le seul site sportif français des Jeux de 1924 à avoir accueilli une nouvelle olympiade un siècle plus tard[5].
| 1924 | 2024 | |
|---|---|---|
| Rôle de Colombes | Site principal des Jeux (cérémonies, athlétisme, football, rugby, gymnastique…) | Site unique du tournoi de hockey sur gazon |
| Capacité du stade | environ 60 000 places | environ 9 500 places (terrain d'honneur) |
| Hébergement des délégations | Premier village olympique de l'histoire, sur place, à Colombes | Village olympique unique des Jeux, situé à Saint-Denis |
| Desserte ferroviaire | Ouverture de la gare du Stade (5 mai 1924) | Gare du Stade toujours en service (ligne J) |
| Sport(s) emblématique(s) au stade | Athlétisme, football, rugby, gymnastique | Hockey sur gazon |
| Vestige commun | La tribune historique (alors neuve) | La même tribune historique, restaurée |
Entre les deux, un même lieu aura vu se succéder les foulées de Paavo Nurmi et les crosses des sélections néerlandaises de hockey, séparées par un siècle d'histoire du sport français : gloire, déclin relatif, puis renaissance à la faveur d'un nouveau rendez-vous olympique.
Articles connexes[modifier | modifier le wikicode]
Sur Wikipédia[modifier | modifier le wikicode]
- Jeux olympiques d'été de 1924
- Jeux olympiques d'été de 2024
- Stade olympique Yves-du-Manoir
- Hockey sur gazon aux Jeux olympiques d'été de 2024
- Gare du Stade
- Village olympique
Notes et références[modifier | modifier le wikicode]
- ↑ 1,0 1,1 1,2 et 1,3 Jeux olympiques d'été de 1924, Wikipédia.
- ↑ 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 2,5 et 2,6 Stade olympique Yves-du-Manoir, Wikipédia.
- ↑ Village olympique, Wikipédia.
- ↑ 4,0 et 4,1 Gare du Stade, Wikipédia.
- ↑ 5,0 5,1 et 5,2 « JO de Paris : le stade de Colombes renoue avec son glorieux passé », France 24, 22 mars 2024.
- ↑ « Les Jeux Olympiques de 2024 attendus au stade Yves-du-Manoir », colombes.fr.
- ↑ « Colombes rejoint la communauté Terre de Jeux 2024 », colombes.fr.
- ↑ 8,0 8,1 et 8,2 « Enfin 2024 ! », colombes.fr.
- ↑ Hockey sur gazon aux Jeux olympiques d'été de 2024, Wikipédia.
- ↑ « JO Paris 2024 : découvrez le parcours de la flamme olympique dans les Hauts-de-Seine, ville par ville », France Bleu.