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Finale olympique de rugby de 1924

De WikiColombes

La finale olympique de rugby de 1924, surnommée la « Corrida de Colombes », est le dernier match du tournoi olympique de rugby à XV des Jeux de Paris. Elle se joue le 18 mai 1924 au stade de Colombes (aujourd'hui Stade Yves-du-Manoir) et oppose la France aux États-Unis, qui s'imposent 17 à 3 et conservent leur titre de 1920.[1] Dans les tribunes, le public siffle les Américains ; un spectateur américain est gravement blessé à coups de canne, des projectiles sont lancés et l'hymne des États-Unis est couvert par les huées. L'Intransigeant parle d'« incident diplomatique », alors qu'un autre journal affirme qu'« il n'y a pas d'incident ».[2]

Après ce tournoi, le rugby à XV quitte le programme olympique. Il n'y revient qu'en 2016, sous sa forme à sept, après 92 ans d'absence.[3] Les sources ne s'accordent pas sur le poids réel de cette finale dans la décision.

Contexte[modifier | modifier le wikicode]

Le rugby à XV figure aux Jeux de 1900, 1908, 1920 et 1924.[4] À Anvers, en 1920, les États-Unis, avec beaucoup de joueurs nouveaux dans ce sport, avaient battu la France 8 à 0 sous la pluie, devant environ 20 000 spectateurs.[4]

En 1924, seules trois nations sont engagées : la France, les États-Unis et la Roumanie.[1][5] Le tournoi se joue en poule unique de trois matchs, du 4 au 18 mai 1924, à Colombes.[1] Le match du 18 mai est donc le troisième et dernier de la poule, entre deux équipes déjà victorieuses de la Roumanie. Il est resté dans l'histoire sous le nom de « finale ».

Tournoi olympique de rugby à XV de 1924
Date Match Score
4 mai 1924 France – Roumanie 61-3[1][6]
11 mai 1924 États-Unis – Roumanie 37-0[1][6]
18 mai 1924 États-Unis – France 17-3[1]

Classement final : 1re les États-Unis (or), 2e la France (argent), 3e la Roumanie (bronze).[1]

Les Américains à Paris[modifier | modifier le wikicode]

Selon American Heritage, c'est la France qui demande, en septembre 1923, l'envoi d'une équipe américaine. Vingt-deux athlètes, surtout des étudiants de l'université Stanford dont quatre anciens olympiens de 1920, sont recrutés et préparés à San Francisco par l'entraîneur Charlie Austin. L'équipe quitte Oakland et arrive à Paris le 27 avril 1924, un mois avant les autres athlètes américains. Alan Valentine, boursier Rhodes et joueur de football américain, la rejoint en Angleterre.[7] Le capitaine est Colby « Babe » Slater, le vice-capitaine Charlie Doe ; la plupart des joueurs sont californiens et beaucoup excellaient dans le football américain, le basket ou l'athlétisme sans avoir forcément joué au rugby auparavant.[8]

L'accueil est tendu. Des journalistes français décrivent les Américains comme des bagarreurs de saloon et des voyous de rue (formules traduites de l'anglais). Les matchs de préparation prévus contre des clubs français sont annulés, les lieux d'entraînement restreints, et les joueurs escaladent la clôture du stade de Colombes pour s'y entraîner.[7] Selon un récit américain, environ 4 000 dollars en argent et en effets personnels disparaissent de leurs chambres malgré la présence d'un gardien ; l'auteur du récit s'interroge lui-même sur la part de légende de certaines anecdotes.[9]

Le match du 18 mai 1924[modifier | modifier le wikicode]

Le déroulement[modifier | modifier le wikicode]

La rencontre est arbitrée par le Gallois Albert Freethy.[10] Les Américains dominent physiquement.[6] Selon le World Rugby Museum, l'ailier Adolphe Jauréguy ne reprend pas le jeu en seconde période, Jean Vaysse se luxe la rotule et Marcel-Frédéric Lubin-Lebrère est expulsé pour bagarre, avant d'être gracié à la demande du capitaine américain Babe Slater.[6] D'après RugbyPass, la France termine à treize joueurs.[3]

Les récits divergent sur l'origine de la blessure de Jauréguy : un site américain évoque un coup de l'ailier William Rogers,[9] tandis que RetroNews affirme, à partir des comptes rendus de l'époque, que les blessures (entorse, traumatisme crânien) résultent d'actions régulières.[2]

Le score final est de 17 à 3. Six joueurs américains inscrivent des points selon Olympedia ; Linn Farish, Jack Patrick, William Rogers et Caesar Mannelli sont cités parmi les marqueurs.[1][11]

L'ambiance dans le stade[modifier | modifier le wikicode]

Le terrain est entouré d'une haute clôture de fil de fer, que des spectateurs tentent de franchir. Des bouteilles et des pierres sont lancées vers les joueurs américains, rapporte Charlie Doe.[8][7] Des supporters américains sont frappés dans les tribunes ; certains blessés sont descendus sur la pelouse.[7] Le spectateur américain Gideon Nelson est assommé d'un coup de canne.[10][9] RetroNews mentionne aussi des pierres lancées sur des photographes.[2]

Pendant la remise des médailles, le drapeau américain est hué et l'hymne des États-Unis est couvert par les sifflets.[2][8] Selon Slate, plus de 200 policiers escortent les joueurs américains ; le joueur Norman Cleaveland dit avoir craint pour sa vie, estimant que le public « allait nous lyncher ».[5]

Combien de spectateurs ?[modifier | modifier le wikicode]

Les sources donnent des chiffres très différents, de 15 000 à 50 000 spectateurs.

Affluence à la finale du 18 mai 1924 selon les sources
Source Affluence
RetroNews 15 000 (« le stade n'était pas complet »)[2]
Slate.fr ; RugbyPass environ 20 000[5][3]
Wikipédia (anglais) 30 000[10]
The Olympians 35 000 à 40 000[9]
Olympedia 40 000[1]
American Heritage ; bibliothèque de l'université de Californie à Davis 50 000[7][8]

Réactions et surnom[modifier | modifier le wikicode]

Le surnom vient de l'écrivain Henry de Montherlant, futur académicien, qui compare le match à une « corrida » dans L'Intransigeant du 20 mai 1924, en première page. Il décrit notamment la chute de Jauréguy : « Jauréguy tombe, reste sur place. On l'emporte dans les bras, livide ». Selon RetroNews, il omet de préciser que les blessures tenaient à des actions licites. Le même journal parle d'« incident diplomatique », tandis que La République française écrit qu'« il n'y a pas d'incident ».[2]

Après le match, selon American Heritage, le ton de la presse change. Le journaliste André Glarner salue des athlètes rapides, forts et énergiques, aux qualités physiques rarement vues en France, et le public parisien se montre ensuite plus accueillant.[7]

La fin du rugby olympique[modifier | modifier le wikicode]

Le Comité international olympique retire le rugby à XV du programme peu après les Jeux de 1924.[4] Les explications varient selon les sources :

  • RetroNews l'attribue moins à la violence du match qu'au manque d'intérêt des grandes nations et aux difficultés d'intégration de ce public nouveau aux Jeux ;[2]
  • Slate retient le faible nombre de nations (trois en 1924) et le départ de Pierre de Coubertin de la présidence du CIO, en plus des débordements ;[5]
  • American Heritage cite les violences du public et la faible participation internationale ;[7]
  • le World Rugby Museum pose la question sans y répondre.[6]

Le rugby ne revient aux Jeux qu'en 2016, à sept joueurs.[3]

Mémoire[modifier | modifier le wikicode]

Les joueurs américains deviennent pour la plupart universitaires, médecins, géologues ou journalistes, et abandonnent le rugby.[7] L'équipe de 1924 est entrée au Hall of Fame de l'US Rugby Foundation,[11] et la bibliothèque de l'université de Californie à Davis conserve la collection de son capitaine, Babe Slater.[8]

Cent ans plus tard, l'association franco-américaine Rugby Centennial et la National Collegiate Rugby organisent trois rencontres entre joueurs américains et français, à Dunkerque (23 juin), Bayeux (27 juin) et Suresnes (4 juillet).[3] En 2024, le stade de Colombes accueille de nouveau des épreuves olympiques, avec le hockey sur gazon : voir Jeux olympiques de 2024 à Colombes.

Effectifs[modifier | modifier le wikicode]

Effectifs inscrits au tournoi, d'après Olympedia :[1]

États-Unis (20) France (19)
Phil Clark, Norman Cleaveland, Dudley DeGroot, Bob Devereaux, George Dixon, Charlie Doe, Linn Farish, Ed Graff, Dick Hyland, Caesar Mannelli, John O'Neil, Jack Patrick, William Rogers, Rudy Scholz, Babe Slater, Norm Slater, Ed Turkington, Alan Valentine, Alan Williams, James Winston René Araou, Jean Bayard, Louis Béguet, André Béhotéguy, Alex Bioussa, Étienne Bonnes, Adolphe Bousquet, Aimé Cassayet-Armagnac, Clément Dupont, Albert Dupouy, Jean Etcheberry, Henri Galau, Gilbert Gérintès, Raoul Got, Adolphe Jauréguy, Marcel-Frédéric Lubin-Lebrère, Étienne Piquiral, Jean Vaysse, René Lasserre

Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]

Références[modifier | modifier le wikicode]

  1. ↑ 1,00 1,01 1,02 1,03 1,04 1,05 1,06 1,07 1,08 et 1,09 « Rugby Union, Men, 1924 Summer Olympics », Olympedia.
  2. ↑ 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 2,5 et 2,6 Nicolas Skopinski, « 1924 : le rugby banni des Jeux olympiques après la "Corrida de Colombes" », RetroNews (BnF), 19 septembre 2019, modifié le 3 mai 2024. Cite L'Intransigeant du 20 mai 1924 et La République française.
  3. ↑ 3,0 3,1 3,2 3,3 et 3,4 « Ils rejouent le France-USA, la dernière finale olympique de rugby à XV, 100 ans après », RugbyPass.
  4. ↑ 4,0 4,1 et 4,2 « Rugby union at the Summer Olympics », Wikipédia en anglais.
  5. ↑ 5,0 5,1 5,2 et 5,3 « Pourquoi le rugby à XV n'a pas survécu aux Jeux olympiques de Paris 1924 », Slate.fr.
  6. ↑ 6,0 6,1 6,2 6,3 et 6,4 « Rugby at the 1924 Olympic Games: a false dawn », World Rugby Museum, rubrique « From the vaults ».
  7. ↑ 7,0 7,1 7,2 7,3 7,4 7,5 7,6 et 7,7 Article sur l'équipe américaine de rugby de 1924, American Heritage.
  8. ↑ 8,0 8,1 8,2 8,3 et 8,4 Exposition sur la collection Colby E. « Babe » Slater, bibliothèque de l'université de Californie à Davis, archives et collections spéciales.
  9. ↑ 9,0 9,1 9,2 et 9,3 « The 1924 Olympic Rugby Finals – Americans in Paris Most Unwelcome », The Olympians, 21 octobre 2017.
  10. ↑ 10,0 10,1 et 10,2 « Rugby union at the 1924 Summer Olympics », Wikipédia en anglais.
  11. ↑ 11,0 et 11,1 « 1924 U.S. Men's Olympic Team », US Rugby Foundation, Hall of Fame.